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Plusieurs membres de notre groupe sont passionnés par les plantes. Certains en ont même fait leur métier. Au sein de Cerda - Artisanat, de manière générale, nous entretenons un rapport particulier avec cette nature qui nous fournit tant de ressources, notamment à travers la végétation, avec laquelle nous faisons fonctionner plusieurs stands, ateliers, projets individuels ou collectifs.

Au quotidien, cela se manifeste par de nombreuses activités. L'une d'elles, pour nous, est le potager gaulois, avec ses plantes comestibles et tinctoriales (l'une n'étant pas forcément exclusive de l'autre, évidemment). Une autre, ce sont les balades champêtres, à travers bois et prés, sur les chemins, le long des cours d'eau ou en montagne, à folâtrer qui en quête de fibres textiles, qui à la recherche d'une plante pour teindre de la laine, qui à simplement contempler le vivant et s'emplir les poumons d'un air sain, qui en chasse d'un quelconque végétal à grignoter, qui en repérage pour de futurs bricolages ou simplement à l'affût pour repérer une plante afin de soulager une douleur quelconque.

Et tous ces endroits fourmillent de végétaux intéressants. Ce monde du vivant, duquel nous apprenons tant au jour le jour, regorge de plantes comestibles, médicinales, tinctoriales, utilitaires... Si d'ordinaire nous oublions volontiers les attaches au monde moderne lors de nos promenades costumées, nous avons récemment choisi d'embarquer un appareil photo avec nous afin de vous donner un aperçu de ce type d'activités. Et comme l'idée nous séduit, sans doute le referons-nous régulièrement, quelle que soit la saison.

L'un de nos principes, voire notre éthique, est celui de rester en lien avec cette nature. Nous n'exportons pas de matières lointaines, nous ne prenons que ce dont nous avons besoin, nous évitons d'employer des ressources rares. Et, pour bien faire, nous essayons de vivre avec les saisons, également lors de nos activités "non-publiques". Ce qui se fait en été se fait en été et l'hiver sera agrémenté de bien d'autres choses !

Notre association s'intéressant surtout à l'artisanat, à l'agriculture, à l'architecture et à l'armement, nous évoquerons surtout les plantes qu'il est possible d'exploiter dans ces contextes : fabrication d'objets, nourriture, matières premières... Nous ne nous étendrons pas, par exemple, sur les nombreuses vertus médicinales ou cosmétiques qui jalonnent nos errances à travers forêts et champs. N'étant pas des gens sectaires, nous glisserons tout de même les noms latins des plantes, de manière à ce que vous puissiez les identifier...

Lors de la journée caniculaire de lundi, nous avons donc profité de la naissance de la soirée pour chasser le végétal. Du végétal « archéo-compatible », évidemment, qui a pu être consommé à l'époque gauloise (attestations archéologiques / paléobotaniques – carpologie (paléo-semences, carporestes / fruits ou diaspores), palynologie (pollens), macrorestes végétaux... - ou textuelles).

Au cours de cette folle chevauchée à dos de nous-mêmes (clac clac clac, noix de coco pas histo), nous avons débusqué un redoutable prédateur : la carotte sauvage. J'en entends qui frissonnent déjà dans les chaumières, dont les dents claquent et dont les cheveux tombent. Oui, oui. La CAROTTE SAUVAGE !

Le gros barbu cueillant de la carotte sauvage. A ce stade, qui sera victorieux ? Nul ne saurait le dire...

Le gros barbu cueillant de la carotte sauvage. A ce stade, qui sera victorieux ? Nul ne saurait le dire...

Différente de la carotte cultivée et injustement méconnue, la carotte sauvage (Daucus carota L.) ressemble à s'y méprendre à une "mauvaise herbe". Cette plante, de la famille des apiacées, d'aspect aérien, mesure jusqu'à 1 mètre de haut, présente des tiges creuses et striées avec des intervalles entre les nœuds. Les fleurs blanches sont disposées en ombelles. A la base de ces ombelles se trouvent des bractées, c'est-à-dire des petites feuilles, découpées en lanières. Au centre de l'ombelle se trouve un petit point rouge très sombre, caractéristique de la carotte sauvage, qui permet de la différencier de la grande ciguë (toxique), avec laquelle le risque de confusion est grand. En sus, notons une forte odeur de carotte lors du déracinement du tubercule. Lorsqu'elle est en fleurs, la carotte est moins savoureuse, mais son goût reste bien plus prononcé que celui des carottes du commerce. Accessoirement, elle pousse quasiment partout... En crudité, elle est peut-être un peu dure à ce stade, mais en potage, elle conserve toute sa saveur !

C'est l'ancêtre de nos carottes et elle était consommée à l'époque gauloise (cultivée ou simplement cueillie ?), comme l'atteste la documentation archéologique. Ce qui peut paraître surprenant pour un œil non familier des "légumes anciens", c'est que cette carotte n'a pas encore l'orange caractéristique de nos modernes carottes. C'est évidemment la racine ou tubercule qui est consommée. Elle est dure, voire particulièrement dure. Les fanes, quant à elles, peuvent trouver d'autres utilisations, comme par exemple... un complément dans les couvertures en chaume (bruyère, seigle) sur les masures.

Daucus carota L., la carotte sauvage. (Promis, il ne s'agit pas des tria nomina d'un quelconque Romain croisé au détour d'une promenade...)

Daucus carota L., la carotte sauvage. (Promis, il ne s'agit pas des tria nomina d'un quelconque Romain croisé au détour d'une promenade...)

Lors de la traque, nous avons identifié une créature, jadis connue sous le nom de Mata Hari, revenue à l'état de Fée Carotte frappant de sa baguette végétale à la manière d'Arcimboldo. Terrifiante.

A ce stade, on sait que l'homme est victorieux face à la carotte sauvage. Encore que : un nain sur des épaules de géant...

A ce stade, on sait que l'homme est victorieux face à la carotte sauvage. Encore que : un nain sur des épaules de géant...

Poursuivons notre chemin...
Oh, merveille ! Une plante bienfaitrice se trouve à nos pieds : le bouillon-blanc (Verbascum Thapsus). Connu à l'époque gauloise, comme l'atteste même l'étymologie du nom, du gaulois "bugillo" (une plante indéterminée en rapport avec le bouillon), le bouillon blanc, espèce de plante à feuilles d'aspect blanchâtre / jaunâtre et laineux, classé parmi les molènes, est consommé en tisane pectorale, mais aussi pour résorber entre autres les petites hémorroïdes et les irritations anales (ce dont souffre Jean-Eudes, notre mascotte).

Bref.

Au-delà de cette utilisation médicinale, la plante peut aussi être enduite de cire ou de poix et servir de petite torche ou d'allume-feu.

Le bouillon blanc (Verbascum Thapsus).

Le bouillon blanc (Verbascum Thapsus).

Poursuite des tribulations d'un Gaulois et d'une Gauloise en Gaule.
Ooooh, les jolis chevaux !
Et ! Ooooh ! De l'origan !

L'origan (Origanum vulgare, du grec ancien ὀρίγανον / origanon, qui signifie "qui se plait sur la montagne"), parfois confondu avec la marjolaine, a des vertus aromatiques et médicinales. C'est un antiseptique naturel, stimulant la digestion, utilisé contre le rhume ou la grippe. Dans le cas qui nous préoccupe ici, nous l'utilisons en condiment.

L'origan (Origanum vulgare).

L'origan (Origanum vulgare).

En poursuivant nos pérégrinations, nous débusquons un pommier sauvage (Malus sylvestris, a priori).

En l'état actuel de nos connaissances, il apparaît que le verger est développé par les Romains. Les fruitiers sont donc souvent des espèces sauvages.

Ces pommes, âcres, plus petites, peuvent être consommées en compote ou en cidre. Nous allons les faire sécher, tout simplement, sous forme de petites lamelles, en guise de mignardises entre les repas (mangez, bougez, remangez). Nous déconseillons la consommation de ces pommes lorsqu'elles sont crues, sous peine de devoir ingurgiter du bouillon-blanc. Les pommes sont encore un peu trop fermes : dans un mois, tout ira mieux...

Une pomme à se mettre sous l'Adam.

Une pomme à se mettre sous l'Adam.

Passage à gué facilité par la canicule.

Passage à gué facilité par la canicule.

Rinçage des pommes sauvages dans le cours d'eau. Acuadulla utilise un panier en éclisses de noisetier et en écorce de ronces et un autre panier en osier brut.

Rinçage des pommes sauvages dans le cours d'eau. Acuadulla utilise un panier en éclisses de noisetier et en écorce de ronces et un autre panier en osier brut.

L'arrivée dans le sous-bois se conjugue avec l'auxiliaire "fraise sauvage" (Fragaria vesca L.). Les fruits se consomment, mais nous sommes hors-saison. Les feuilles sont aussi préparées en tisane contre les catarrhes intestinaux et gastriques accompagnés de diarrhées (Jean-Eudes, notre mascotte, en souffre aussi), les affections urinaires et rénales. Elles sont prescrites aussi pour lutter contre la mauvaise haleine, employées comme fortifiant pour les personnes anémiques ou nerveuses.

Les fraises sauvages sont consommées par les Celtes. La variété sera améliorée par la suite par les Romains, notamment grâce à la pratique du paillage.

Cueillette de fraises sauvages.

Cueillette de fraises sauvages.

Cueillette de prunelles sauvages.

Cueillette de prunelles sauvages.

Délimitant les parcelles agricoles, le prunellier sauvage ou prunier épineux (Prunus spinosa L.), forme des haies infranchissables bien utiles pour parquer le bétail. Doté de feuilles ovales et de petites fleurs blanches à cinq pétales, le prunellier reconnaissable à son écorce brun noir propose des fruits bleus ou violets, couverts d'une pruine blanchâtre. Le fruit comporte d'indéniables vertus : ils sont astringents et recommandés contre la diarrhée (l'éternel problème de Jean-Eudes, notre mascotte). L'infusion des baies est calmante et dépurative. Il est conseillé de ne pas trop en manger. Ces fruits sont utilisés en saumure ou placés dans du vinaigre pour être consommés un mois plus tard en condiment.

Prunus spinosa L., le prunellier sauvage.

Prunus spinosa L., le prunellier sauvage.

Le plantain lancéolé (Plantago lanceolata), quant à lui, pousse dans les prés et sur les bords des chemins. Très commun, le plantain lancéolé est aussi répandu que le grand plantain (Plantago major). Tous deux sont consommés à l'Âge du Fer : crus (en salades) ou cuits (en soupes). Le plantain soulage contre les piqûres d'insectes et peut aussi apaiser la sensation de pieds brûlants lors d'une longue marche en montagne s'il est glissé dans les chaussures. Pline l'Ancien le considérait comme une panacée. On lui reconnait des vertus astringentes du fait de sa richesse en tanins. Il peut aussi être utilisé en collyre. Et, surprenant, c'est un laxatif doux (bon à savoir pour notre mascotte Jean-Eudes, évidemment).

La cueillette du plantain lancéolé.

La cueillette du plantain lancéolé.

La petite ortie ou ortie brûlante (Urtica urens) pousse un peu partout, surtout sur les sols humides. Elle est réputée emménagogue, diurétique, dépurative, astringente, anti-hémorragique, employée contre les rhumatismes. Elle est utilisée en tisane contre l'anémie. Ses fibres peuvent trouver un usage dans le textile et constituer des tissus extrêmement doux. Une fois cuites, les feuilles ne piquent plus. Elles sont délicieuses en soupe ou pour agrémenter des potées diverses.

Cueillette de la petite ortie (Urtica urens).

Cueillette de la petite ortie (Urtica urens).

Mise en garde : ATTENTION ! Ne consommez que les plantes identifiées avec certitude. En cas de doute, demandez conseil à une personne compétente ou abstenez-vous de cueillir la plante et laissez-la vivre sa vie. Nous déclinons toute responsabilité en cas d'accident.

Vogiantios, à l'orée du bois.

Vogiantios, à l'orée du bois.

A bien y regarder, au cours d'une petite promenade, nous avons déjà récolté beaucoup de mets intéressants. Et plusieurs parmi les « broussailles », « mauvaises herbes » et autre chienlit... Nous vous mettrons petit à petit quelques recettes de cuisine avec ces produits... Malheureusement, nous ne parviendrons pas à vous transmettre les saveurs et les odeurs à travers la toile alors... le mieux reste encore de venir nous voir en prestation pour faire intervenir ces différents sens !

Et, comme nous ne sommes pas des tisanes, nous n'avons pas la science infuse. Donc, n'hésitez pas à nous contacter par mél (cerda.artisanat@gmail.com) si vous souhaitez nous rejoindre pour ce type d'activités, simplement nous poser une question ou nous apporter des compléments d'informations, des rectifications. Nous aurons grand plaisir à vous répondre. Si, par exemple, un mycophile se sentait l'âme gauloise, sachez que nous sommes carencés en champignons... Toute personne motivée et curieuse de ces questions à l'époque celtique aurait sans doute beaucoup de choses à apprendre et à nous apprendre. Un aficionados de littérature antique et de botanique trouvera son contentement dans la lecture des ouvrages grecs ou latins, évoquant souvent les Gaulois, comme par exemple les livres de Pline l'Ancien...

Acuadulla guettant l'attaque imminente des carottes sauvages.

Acuadulla guettant l'attaque imminente des carottes sauvages.

Tag(s) : #Botanique, #Alimentation, #Vie du groupe, #Plantes

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