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Contons la fable de la fibule sans affabuler, en quelques mots… mais d’abord, une fibule, « qu’est-ce que c’est » ?

 

La fibule, c’est l’ancêtre de l’épingle de sûreté (épingle à nourrice ou imperdable, selon vos origines). C’est une agrafe apparaissant à l’Âge du Bronze final (environ 1200 ans av. J.-C.), métallique (en fer ou en alliages cuivreux essentiellement) au cours de la période laténienne (475 à 30 av. J.-C.), qui sert à fixer les pans d’un vêtement. Chez les Celtes, la fibule sert à retenir par exemple le « peplos » des femmes au niveau des épaules, ou encore à brocher les différents plis du « sagum » (saies ou sayon, une sorte de cape) d’un riche guerrier.

 

Utilitaire, son principe à ressort reste le même tout au long de la période laténienne. Il faudra passer le cap de notre ère pour voir apparaitre un modèle à charnière.

 

Décorative, en revanche, elle sert à exprimer les différentes modes régionales et les divers statuts au sein des sociétés protohistoriques (qu’il s’agisse de la richesse ou du sexe). Et surtout, son apparence varie considérablement au fil du temps, au gré des inspirations et des tendances… au point que les archéologues puissent dresser des typo-chronologies et se servir des fibules à des fins de datation. Retrouver une fibule sur un site archéologique est donc un témoignage précieux, puisqu’elle peut parfois permettre de nous situer dans le temps, d’obtenir une datation relative (1).

 

Différents auteurs se sont penchés sur ce nombre colossal de variétés. Nous renvoyons les lecteurs vers la bibliographie sommaire en fin d’article pour ce qui concerne la question « fibulesque », puisque ces évolutions typologiques ne sont pas abordées ici.

 

La fibule laisse souvent le néophyte pantois. En effet, les publications existantes à son sujet, souvent académiques, emploient un vocabulaire technique qui peut rebuter bon nombre de personnes. Pourtant, il suffit d’une connaissance terminologique minimale pour pouvoir dépouiller cette documentation avec intelligence.

 

Nous vous avons donc conçu un petit schéma pour présenter ces mots de base, à partir d’une fibule de La Tène C2 (190 à 140 av. J.-C.).

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Schéma illustrant, sur base d'une fibule La Tène C2, le vocabulaire de base concernant les fibules. (Source : G. Reich)

 

L’arc est la partie rigide de la fibule. C’est surtout sur l’arc – et le pied – que va, à la période laténienne, se déployer la maitrise artistique des forgerons-orfèvres gaulois : décors incisés ou réalisés à l’acide, ajouts de cabochons (émail, corail…), etc.

 

Cet arc accueille à ses deux extrémités des parties fonctionnelles essentielles pour l’emploi de la fibule.

 

Le ressort, d’une part, composé d’une corde (la partie, externe ou interne, à partir de laquelle ont été façonnées les spires) et de spires (ce sont des boucles ou annelets, dont le nombre est comptabilisé par les archéologues : « fibule de type… à 4 spires », par exemple). Il assure la souplesse nécessaire au métal pour pouvoir fixer le bijou. Une simple pression suffit, comme pour une épingle, à utiliser cette parure.

 

Le porte-ardillon, d’autre part, qui, comme son nom l’indique, porte l’ardillon. Et l’ardillon, c’est la partie mobile autour de laquelle passe le tissu. Le porte-ardillon sert donc à reposer l’ardillon, maintenant une tension constante sur l’objet de façon à ne pas le perdre, mais aussi à protéger le porteur de la pointe acérée de la fibule.

 

Le pied, quant à lui, est un élément plus facultatif. C’est le ressaut qui sert d’appui au porte-ardillon et établit la jonction entre ce dernier et l’arc.

 

 

 

Voyons maintenant un exemple concret, plus spécifique à Cerda.

 

 

 

Voici une fibule originale retrouvée sur le site neuchâtelois de Bevaix « La Jonchère », pas très loin du site éponyme de La Tène. Elle date de La Tène C1, soit vers 250 – 190 av. J.-C. Les autres objets (umbo et manipule de bouclier, épée, fourreau et système de suspension, fer et talon de lance) retrouvés dans la sépulture de guerrier d’où elle est issue permettent d’affiner cette datation et de proposer un rattachement chronologique à une phase avancée de La Tène C1, soit La Tène C1b (donc vers 220 – 190 av. J.-C.). Si ce n’est pas ici la fibule qui permet la plus grande précision chronologique, c’est parce qu’elle appartient à un registre stylistique très répandu au cours de la période de La Tène moyenne (ou La Tène C) : une fibule à pied rattaché à l’arc.

 

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 La fibule de Bevaix "La Jonchère", datée de La Tène C1, photographiée au Laténium. (Photographie G. Reich) 





Les éléments caractéristiques de cette fibule sont les quatre spires et la corde externe composant le ressort. Chaque spire est ornée de quatre cupules alignées. Le pied est fixé sur l’arc, agrémenté lui aussi de deux rangées de cupules disposées par six autour de la nervure médiane, à l’aide d’une petite griffe. Un bouton cylindrique décoré également de petits creux vient rehausser encore l’esthétique de la fibule.

 

Acteurs de l’histoire vivante, nous cherchons bien entendu à avoir une telle fibule… sans pour autant pouvoir éthiquement utiliser l’artefact original. Il nous faut donc fabriquer une réplique. Et voici le processus d’obtention que nous adoptons, au sein de Cerda.

 

La première étape consiste à faire le choix de sa fibule, en fonction de critères chronologiques (La Tène C1), géographiques (Plateau suisse) et du type de personne que l’on souhaite représenter (un guerrier, sans doute de classe aristocratique, dans le cas qui nous intéresse).

 

La seconde demande de réunir un maximum de documentation sur l’objet, voire à l’observer directement. Le dépouillement bibliographique permet d’être à l’aise avec le matériel, de connaître son histoire, d’obtenir des compléments (dans telle publication ce sera un dessin sommaire ou détaillé, dans tel article une photographie, dans tel ouvrage on peut y lire une description pointue). En un mot, d’accumuler un maximum de données sur l’objet à reproduire.

 

La troisième étape, c’est le passage à l’acte. Soi-même, si l’on maitrise suffisamment la matière (ici, forge du fer) ; en confiant la besogne à un homme de l’art le cas échéant.

 

Et quelques heures d’huile de coude et de savoir-faire plus tard… on peut enfin sautiller devant une chouette fibule, réalisée « comme autrefois ».





 

 

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La réplique forgée et le dessin technique à la base de la reconstitution.

(Photographies G. Reich) 

 

 

 

 

 

(1)    C’est-à-dire que l’on peut établir des relations d’antériorité, de contemporanéité ou de postérité avec d’autres artefacts, selon que la fibule se trouve dans telle ou telle couche stratigraphique. C’est la méthode la moins coûteuse pour la datation…

 

 

 

Bibliographie sommaire :

 

Il existe des dizaines d’articles récents sur le sujet des fibules laténiennes… une simple recherche sur la Toile ou dans une bibliothèque devrait vous combler.

 

DECHELETTE 1914 : Déchelette J., Manuel d’archéologie préhistorique et celtique, tome IV, Paris, 1928. (Pour la période laténienne…)

 

FEUGERE 1985 : Feugère M., Les fibules de la Gaule méridionale de 120 la conquête à la fin du Ve siècle ap. J.-C., Revue archéologique de Narbonnaise, Supplément 12, C.N.R.S., Paris, 1985, 509 p. (Pour La Tène finissante et la période gallo-romaine… Le livre est une référence… et est entièrement disponible ici : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00440867/fr/)

 

KAENEL 1990 : Kaenel G., Recherches sur la période de La Tène en Suisse occidentale : analyse des sépultures, Bibliothèque historique vaudoise, Lausanne, 1990, 457 p. (Une référence incontournable en protohistoire.)

 

MANSFELD 1973 : Mansfeld G., Die Fibeln der Heuneburg. 1950 – 1970 : ein Beitrag zur Geschichte der Spätthallstattfibel, W. De Gruyter, Berlin, 1973, 299 p. (Pour les fibules du Premier Âge du Fer ou époque de Hallstatt.)

 

 

Pour recopier cet article, merci de nous contacter : cerda.artisanat@gmail.com

 

De même, en cas de remarque, réclamation ou tout autre commentaire ; dont nous prendrons naturellement compte. Ce court article a vocation à vulgariser et à transmettre avant toute chose, ne l’oublions pas.

 

 

 

Tag(s) : #Métaux, #Forge, #Parures et bijoux, #Protohistoire et histoire

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