Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Logo de l'A.F.E.A.F.

Logo de l'A.F.E.A.F.

Pendant que d'autres animaient, d'autres cherchaient. Damien Linder, étudiant en Master d'archéologie et depuis quelques mois responsable scientifique au sein de Cerda - Artisanat, était mandaté par notre association pour se rendre au colloque 2015 de l'AFEAF.

.

.

Voici son compte-rendu pour lequel nous le remercions bien vivement !

.

.

Le 39ème colloque de l’AFEAF (Association Française pour l’Etude de l’Âge du Fer) s’est tenu à Nancy en Lorraine du 14 au 17 mai 2015 et avait pour titre «Production et proto-industrialisation aux Âges du Fer – Perspectives sociales et environnementales » (www.afeaf.org). Le but de ce colloque était de restituer les systèmes de production et leur évolution dans le temps et l’espace en abordant la production de plusieurs matières : sel, céramique, métaux, pierre, textile, monnaie, verre mais aussi la production agricole et l’élevage. Bien sûr, ce serait une gageure de les résumer toutes ici, cependant nous allons en prendre quelques-unes qui intéressent tout particulièrement Cerda !

.

.

Du sel chez les Celtes !

Plusieurs fours liés à la fabrication de pains de sel datant des IIIème – Ier s. av. J.-C. ont été découverts en Picardie et dans le Pas-de-Calais ces dernières années (Pont-Rémy ; Gouy-Saint-André ; Saint-Quentin-la Motte-Croix-au-Bailly). La communication intitulée « Les outils de production des ateliers de sauniers du Nord de la Gaule » (Armelle Masse (Centre départemental d’archéologie du Pas-de-Calais, UMR 8164 Halma-Ipel), Gilles Prilaux (Inrap, CSNE, Halma-Ipel UMR 8164), Christine Hoët-Van Cauwenberghe (Lille 3)) présentait les acquis récents de ces fouilles concernant la technologie de ces fours et les modalités de la production du sel. Les pains de sel sont obtenus par bouillage de la saumure sur des fours « à grille à ouvertures diamétralement opposées ». La saumure est versée dans des godets qui sont posés au-dessus du foyer, sur une grille en argile cuite et la cuisson (par procédé ignigène) va permettre à l’eau de s’évaporer formant une masse compacte et standardisé, le pain de sel ! Les diverses étapes techniques ont été testées en expérimentation en 2000, en 2007 (sur le modèle de Pont-Rémy) et en 2014 (sur le modèle de Gouy-Saint-André) à Samara sous la direction de Gilles Prilaux (petite vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=bbpVxl6xT_U). La question de la matière première se pose pour ces sites qui sont éloignés du littoral (entre 25 et 45 km !) et n’ont donc pas un accès direct à l’eau de mer. Il est probable que ces sites reçoivent le sel sous une forme semi-liquide de sites plus proches du littoral et que leur rôle consiste à finir de sécher le sel en les moulant en unités standardisées pour le commerce. Une fournée produit environ 250 kg de sel, en pains de sel de 1 à 2,5 kg !

Plus d’informations : http://www.samara.fr/images/pdf/Le_sel_de_la_terre.pdf

.

.

Comment faire le fer à l’Âge du Fer ?

La production du fer reste relativement mal connue pour l’Âge du Fer en raison du nombre restreint de sites de réduction du minerai connus. Deux communications portaient sur les techniques et l’organisation de la production, la première «La production du fer au tournant des VIe et Ve siècles av. J.-C. Changements techniques, économiques et sociaux ? » par Nadine Dieudonné-Glad (EA3811 HERMA, Université de Poitiers) montrait la relation étroite entre l’augmentation quantitative de production du fer à la fin du Hallstatt et l’apparition d’un nouveau type de four de réduction : le four à scories piégées à usages multiples. En effet, le four à scories piégées est normalement à usage unique puisqu’il faut détruire le four pour récupérer le fer extrait du minerai. La scorie (déchet de la réduction) reste au fond du four, « piégée ». Une solution ingénieuse consiste à laisser une ouverture (fermée par une porte ou un bouchon durant l’opération) à la base du four, permettant de sortir la scorie et le fer sans détruire le four et ainsi pouvoir le réutiliser ! La découverte récente de plusieurs de ces fours organisés en batteries sur le site de Meunet-Planches (Indre) permettra de préciser cette évolution (http://herma.labo.univ-poitiers.fr/non-classe/une-zone-de-production-de-fer-du-hallstatt-final-et-de-la-tene-ancienne-meunet-planches-indre/). La seconde communication portait sur l’organisation de la production du fer : « Organisation des lieux et des conditions de production en métallurgie du fer » Marion Berranger (LMC-Iramat-UMR 5060), Marc Leroy (LMC-Iramat-UMR 5060), Sylvain Bauvais (LMC-Iramat-UMR 5060), Nolwenn Zaour (Inrap, LMC-Iramat-UMR 5060), Sandra Cabboi (Inrap, LMC-Iramat-UMR 5060). En plus de présenter une synthèse des lieux de productions connus entre le VIIIème et le Ier s. av. J.-C., cette communication abordait le rôle joué par les différents sites dans la chaîne de production du fer. En effet, si à la Tène ancienne et moyenne les sites de réduction du fer s’occupaient également de l’épuration du métal et de sa mise en forme pour le commerce, il semble qu’à la Tène finale les sites de réduction fournissaient directement le métal brut, non épuré, aux agglomérations qui se chargeaient de l’épuration et de la mise en forme standardisée, permettant ainsi un contrôle accru de la production. Si la production semblait cantonnée à un marché régional, certaines régions produisent une quantité dépassant largement ce cadre (exemple de la région du Mans).

.

.

Et pour finir : le verre !

L’artisanat du verre a la particularité de produire quasiment que des objets de parure, ce qui donne aux modalités de production de cette matière un sens social particulièrement important. La seule communication dédiée au verre a été faite par Joëlle Rolland (Université de Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, UMR 8215 Trajectoires) : « Productions et consommations du verre au Second âge du Fer : le développement d'un artisanat spécialisé ». Aucun atelier de verrier celte n’est connu à ce jour, c’est donc à travers l’étude de la chaîne opératoire que l’on peut approcher la production. Les bracelets en verre de la Tène moyenne et finale ont pu être réalisés selon trois techniques. Une fois le verre liquéfié dans un creuset grâce à la chaleur d’un four, il est possible de former un anneau par enroulement autour d’un mandrin cylindrique (cette technique laisse cependant une soudure apparente que les bracelets celtiques n’ont pas), par agrandissement d’une perle à l’aide de deux tiges l’écartant progressivement ou par agrandissement d’une perle sur un mandrin conique partant du diamètre le plus petit au plus grand. Les deux dernières techniques ont fait l’objet d’une expérimentation à Samara en 2014 (vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=IoW19SkpxLY). Cette expérimentation a eu la grande chance de travailler avec du verre datant de l’Âge du Fer retrouvé dans une épave en Méditerranée (Sanguinaires A). En effet, la matière première vient exclusivement d’Egypte ou de la côte syro-palestinienne, les artisans celtes refondaient le verre brut pour en faire des objets. Si les bracelets de la Tène moyenne voient une grande diversité de décors, il apparaît que ceux de la Tène finale voient une réduction des décors à la faveur d’une plus grande production répondant à un besoin accru.

.

.

Ce colloque a montré la diversité des productions des artisans celtes ainsi que l’importance de l’archéologie expérimentale pour comprendre ces productions. La recherche dans ce domaine a de beaux jours devant elle !

.

.

.

Damien, alias Statortavos, en propose une vue plus transversale, plus synoptique, dans un autre registre :

Le 39ème colloque de l’AFEAF s’est tenu à Nancy en Lorraine du 14 au 17 mai 2015 et avait pour titre «Production et proto-industrialisation aux Âges du Fer – Perspectives sociales et environnementales ». L’ambition était de restituer les systèmes de production et leur évolution dans le temps et l’espace ainsi que d’aborder les conséquences sociales et environnementales des phénomènes de production de masse. Les communications se sont organisées selon la matière concernée (production du sel, production agricole et stockage, production animale, production céramique, production métallique et autres productions (pierre, textile, monnaie et verre), puis un dernier thème a été consacré à des synthèses régionales. Il est apparu, au terme de ce colloque, que la notion de (proto-)industrialisation ne convenait pas au contexte des Âges du Fer car il est défini avant tout par un contexte socio-économique récent (historique) qu’il n’est pas possible de reconnaître à travers les traces archéologiques. Par ailleurs, la plupart des communications portaient sur la description et la caractérisation de systèmes de production et de systèmes techniques dans une perspective dynamique mettant en avant les moments clés de leur évolution à travers des bilans à grande échelle. Par contre, peu de communications ont proposé des modèles socio-économiques ou socio-culturels pour les productions de masse ou des modèles interprétatifs sur les modalités du développement des innovations techniques par exemple. La relative timidité des communications à ce sujet ainsi que le soin particulier pris par les orateurs à éviter les notions d’artisanat, de manufacture et de (proto-)industrialisation témoignent de la gêne générale à aborder l’économie protohistorique. La recherche devra s’appliquer à poursuivre les synthèses à grande échelle et à trouver une méthodologie commune pour comparer ces synthèses entre elles notamment au niveau de la quantification (en jour de travail par exemple). Au niveau du langage commun, il est proposé de parler de production petite/moyenne/grande à échelle de diffusion locale, régionale ou supra-régionale bien que ces termes soient relatifs (d’où l’importance des synthèses à grand échelle pour fixer un référentiel commun). Notons encore que la perspective environnementale n’a été que peu abordée et que les communications qui en ont parlé montre des résultats opposés. Et pour finir, soulignons l’importance toujours plus grande au sein de la recherche de la géochimie, principalement pour les questions de provenance des matériaux, et de l’archéologie expérimentale, pour la compréhension des systèmes techniques.

Tag(s) : #Protohistoire et histoire, #Conférences et colloques, #Activités scientifiques

Partager cet article

Repost 0